Le diamant brut de la mer Caspian sur l’iBoat de Bordeaux

20
oct
2012
Caspian header

C'était une journée plutôt grise, une légère bruine, juste ce qu'il faut d'air pour nous glacer la carcasse, en bref, un temps à rêver d'évasion.

  • Nous Soutenir !
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Durant une longue période de ma vie Caspian n’a pour moi été qu’un de ces groupes dont on entend souvent parler pour faire une comparaison ou étayer un propos, dont on écoute accessoirement un morceau voire un album en soirée.

Aussi loin que je puisse remonter dans mon esprit, Caspian m’est toujours apparu comme un groupe à ses débuts, bien que prometteur, sans pour autant déborder d’originalité (ce dont la scène post rock manque parfois cruellement…)

Cette période de ma vie est révolue.

Caspian : Ça poutre sévère !
 

La mer, qu’on voit danser…

Caspian - Walking Season (2012)
La mer, oui, mais pas celle de Charles Trenet, plutôt celle de Debussy ! Il faut savoir que, jusqu’à hier encore, je n’avais pas vraiment écouté le dernier effort discographique en date des jeunes de Beantown (oui, la ville officielle des Boston Baked Beans !). La claque n’en fut que plus grande ! J’aurais eu tendance à reprocher à Caspian sa dévolution au Post-Rock métallique et froid des anciens Mono, mais force est de constater que la scène évolue. Le wall of sound se dissipe pour laisser place à un autre Post-Rock, plus profond, plus mature, celui qui sait nous prendre par la main et nous faire voyager.

Sans pour autant rompre avec leur passé, le quintet disperse avec délice et subtilité des bribes de leur nouvel univers, tutoyant tantôt la lumineuse et douce évanescence stratosphérique de l’excellent Með suð í eyrum við spilum endalaust de nos Islandais préférés sur des titres comme Hickory ’54, tantôt la lourde et sauvage décharge émotionnelle sauce Pelican dans Fire Made Flesh.

Bring Me vraiment the Horizon


On retrouve avec plaisir quelques pièces des précédentes productions du groupe, caractérisées par une composition plus sèche, plus réfléchie aussi. Ainsi s’enchaînent les compositions aux structures impeccables, où les guitares s’embrasent crescendo, où les mouvements se rompent brutalement, ou l’atmosphère s’emplit à saturation, seconde après seconde, d’une tension électrique grandiloquente et fracassante. Puis, à nouveau, subtil et velouté, immersif bien que tout autant abrasif, des mélodies d’une justesse et d’une émotivité rare, ni triste ni joyeuse, toutes en demi-teinte, les Caspian nous dépeignent mesure par mesure un monde entre force tellurique et douce innocence, maniant avec délice une oeuvre paradoxale.

Saluant leurs maîtres, Mono, Tortoise, Pelican, Explosions in the Sky, Sigur Ros et j’en passe, pour emprunter avec simplicité et maturité le chemin de ceux qui, à l’image des Red Sparowes, Immanu El et And So I Watch You From Afar, défendent une certaine vision du Post-Rock, un horizon que beaucoup perdent de vue.

Caspian : Le Groupe

Grandeur sans décadence


La principale force de Caspian est leur capacité de contraste et d’amplitude impressionnante. Des titres comme le surprenant Gone In Bloom And Bough (du post rock avec une voix… vous y croyez ?) en est un excellent exemple, le rendu live en est excellent la maîtrise est parfaite. Leur second point fort est leur présence : sur scène, ça bouge, ça transpire, ça se donne du mal, et pourtant… En effet, le bateau ivre ne transportait guère plus d’une trentaine de passagers à son départ, l’annulation de la première partie, l’avancement horaire, la situation géographique de l’iBoat, le destin jouait en leur défaveur. Malgré tout, ils étaient présents, quelques mots dans un Français tout à fait Massachusettsien, quelques morceaux supplémentaires pour combler l’absence de Mugstar (bloqués à Limoges), le petit rappel, et beaucoup de remerciements. Une pointe de déception sûrement, pour le groupe qui ouvrait pour Mono dès leur première démo 6 mois après leur formation, leur premier concert au Port de la Lune aurait mérité plus d’engouement.

Quoi qu’il en soit, si le but de chaque concert est bien de rallier à sa cause ne serait-ce qu’une personne, c’est chose faite. Waking Season a tourné sur ma platine (façon de parler, je n’avais rien sur moi pour acheter le double LP) jusqu’à tard dans la nuit et ce matin encore.

L’album rejoint ma top liste 2012 et il est désormais pour moi évident que Caspian fait aujourd’hui partie des grands, de ceux sur qui il faut compter et dont on attend avec impatience le retour.

Un petit regret tout de même ? Mais pourquoi ne pas avoir joué Moshka ?! Surtout que l’intro s’est lancée par erreur à la fin du premier rappel alors qu’ils quittaient la scène…

En savoir plus (« Mais quand vont-il enfin passer chez moi ? »)
- http://www.caspianmusic.net/
- http://www.facebook.com/CaspianTheBand
- http://www.myspace.com/caspiantheband
http://fr.wikipedia.org/wiki/Caspian



  • Hg9

    superbe article, caspian m’a vraiment boulversé avec ce nouvel album, je passe mon temps à l’écouter à longueur de journée et même en boucle d’un seul trait.

    j’ai peu assister à leur date parisienne le 15 octobre dernier, et ça a été juste une claque magistrale !

    je tiens tout de même à signaler que du post rock avec du chant n’est pas pour moi , ni une surprise , ni une première et encore moins une excentricité.

    car bien que le chant soit rarement présent dans les compos post rock ( et autres style du genre) je pense au groupe isis qui nous a livré de nombreuses compo contenant du chant dont celle ci :

    http://youtu.be/JOo-7kijbcg

    • Jonathan

      Merci ! Pour un premier j’en suis plutôt content !
      Oui, pas un grande première en effet, on en trouve régulièrement chez Mogwai aussi, Sigur Ros et A Silver Mt Zion bien sûr, je saluais plus la présence presque timide de la voix « vocodée » reléguée à une place purement instrumentale, pour pas mal de groupe de Post-Rock, franchir l’étape du chant semble être une petite révolution, je pense notamment aux insertion de voix chez Mono, en arrière plan et hyper saturée.

      Je connais plutôt mal Isis (quoique j’en entende toujours beaucoup parlé), en tout cas, très bon morceaux, et très bon exemple d’utilisation décomplexée de la voix, va falloir que je m’y mette aussi je pense ^^ merci pour le partage !



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