Le diamant brut de la mer Caspian sur l’iBoat de Bordeaux
Tags: Caspian, concert, iboat, musique, Post-Rock
2012
C'était une journée plutôt grise, une légère bruine, juste ce qu'il faut d'air pour nous glacer la carcasse, en bref, un temps à rêver d'évasion.
Durant une longue période de ma vie Caspian n’a pour moi été qu’un de ces groupes dont on entend souvent parler pour faire une comparaison ou étayer un propos, dont on écoute accessoirement un morceau voire un album en soirée.
Aussi loin que je puisse remonter dans mon esprit, Caspian m’est toujours apparu comme un groupe à ses débuts, bien que prometteur, sans pour autant déborder d’originalité (ce dont la scène post rock manque parfois cruellement…)
Cette période de ma vie est révolue.

La mer, qu’on voit danser…

Sans pour autant rompre avec leur passé, le quintet disperse avec délice et subtilité des bribes de leur nouvel univers, tutoyant tantôt la lumineuse et douce évanescence stratosphérique de l’excellent Með suð í eyrum við spilum endalaust de nos Islandais préférés sur des titres comme Hickory ’54, tantôt la lourde et sauvage décharge émotionnelle sauce Pelican dans Fire Made Flesh.
Bring Me vraiment the Horizon
On retrouve avec plaisir quelques pièces des précédentes productions du groupe, caractérisées par une composition plus sèche, plus réfléchie aussi. Ainsi s’enchaînent les compositions aux structures impeccables, où les guitares s’embrasent crescendo, où les mouvements se rompent brutalement, ou l’atmosphère s’emplit à saturation, seconde après seconde, d’une tension électrique grandiloquente et fracassante. Puis, à nouveau, subtil et velouté, immersif bien que tout autant abrasif, des mélodies d’une justesse et d’une émotivité rare, ni triste ni joyeuse, toutes en demi-teinte, les Caspian nous dépeignent mesure par mesure un monde entre force tellurique et douce innocence, maniant avec délice une oeuvre paradoxale.
Saluant leurs maîtres, Mono, Tortoise, Pelican, Explosions in the Sky, Sigur Ros et j’en passe, pour emprunter avec simplicité et maturité le chemin de ceux qui, à l’image des Red Sparowes, Immanu El et And So I Watch You From Afar, défendent une certaine vision du Post-Rock, un horizon que beaucoup perdent de vue.

Grandeur sans décadence
La principale force de Caspian est leur capacité de contraste et d’amplitude impressionnante. Des titres comme le surprenant Gone In Bloom And Bough (du post rock avec une voix… vous y croyez ?) en est un excellent exemple, le rendu live en est excellent la maîtrise est parfaite. Leur second point fort est leur présence : sur scène, ça bouge, ça transpire, ça se donne du mal, et pourtant… En effet, le bateau ivre ne transportait guère plus d’une trentaine de passagers à son départ, l’annulation de la première partie, l’avancement horaire, la situation géographique de l’iBoat, le destin jouait en leur défaveur. Malgré tout, ils étaient présents, quelques mots dans un Français tout à fait Massachusettsien, quelques morceaux supplémentaires pour combler l’absence de Mugstar (bloqués à Limoges), le petit rappel, et beaucoup de remerciements. Une pointe de déception sûrement, pour le groupe qui ouvrait pour Mono dès leur première démo 6 mois après leur formation, leur premier concert au Port de la Lune aurait mérité plus d’engouement.
Quoi qu’il en soit, si le but de chaque concert est bien de rallier à sa cause ne serait-ce qu’une personne, c’est chose faite. Waking Season a tourné sur ma platine (façon de parler, je n’avais rien sur moi pour acheter le double LP) jusqu’à tard dans la nuit et ce matin encore.
L’album rejoint ma top liste 2012 et il est désormais pour moi évident que Caspian fait aujourd’hui partie des grands, de ceux sur qui il faut compter et dont on attend avec impatience le retour.
En savoir plus (« Mais quand vont-il enfin passer chez moi ? »)
- http://www.caspianmusic.net/
- http://www.facebook.com/CaspianTheBand
- http://www.myspace.com/caspiantheband
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Caspian
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