END de Canepa/Merli, une BD funambule sur le fil de la vie.
Tags: canepa, elisabeth, end, merli, metamorphose
2012
Le monde de la bande dessinée en a fait des gorges chaudes pendant des mois : Barbara Canepa (SkyDoll, Monster Allergy) avait un projet en cours avec la collaboration d’Anna Merli, intitulé END, une série en trois tomes située à la fin du XIVe siècle, et traitant de la vie et de la mort à travers l’histoire d’une petite fille prénommée Elisabeth.

Tout d’abord le constat graphique : depuis un petit moment déjà on pouvait avoir des aperçus de l’ouvrage à travers les posts Facebook de Barbara Canepa qui nous montrait régulièrement des croquis, des inspirations, des morceaux de planches terminées pour nous faire patienter avant la sortie. J’avais entre autres été particulièrement impressionnée par la beauté de la plaquette envoyée aux libraires distributeurs de Soleil.
Mais ensuite, une fois l’ouvrage entre les mains, les choses prennent une toute autre dimension ! Concrètement, END est un bijou visuel. Barbara Canepa s’est inspirée entre autres du cimetière de sa ville natale, Gênes, pour une partie des décors de ce tome. Le trait semi-réaliste d’Anna Merli est exquis de douceur, de sensibilité et de finesse, et ces couleurs froides, nimbées de bleus et de verts relevés par le rouge d’une pommette ou d’une lèvre qui tremble, achèvent de définir l’ambiance sourde, secrète de cet ouvrage et par la même occasion, de conquérir le cœur des plus réticents.
Sans compter la couverture !
Une couverture vraiment digne de la collection Métamorphose, avec son vernis sélectif sur des enluminures en transparence, et ce solennel portrait d’Elisabeth en sorte de princesse des ténèbres, qui forcent l’admiration.

END se veut un conte plus ou moins ésotérique qui retrace le destin d’Elisabeth, une petite fille apparemment décédée, pensionnaire d’un couvent de sœurs, qui lorsqu’elle touche un être vivant le tue instantanément, sans raison. Elisabeth, protégée par des esprits ainsi que par des animaux mutants, tente également de comprendre les raisons de sa propre mort qui n’est ni claire, ni certaine (les esprits lui disent qu’elle n’est pas morte) en tentant d’établir un contact avec sa grande sœur, qui aurait des pouvoirs occultes, et ses amies. La religion prend une proportion assez importante dans ce premier tome, secondée par des interprétations et croyances diverses concernant la vie après la mort sur fond de cérémonies religieuses clandestines…
L’ambiance et le décor sont posés à merveille, le ton est donné et les dialogues sont très bien écrits, par contre, le tout reste très (trop ?) énigmatique à mon goût. Un peu comme dans SkyDoll où même si l’histoire se situe dans une autre ambiance, à une autre époque, les tenants et les aboutissants restent flous, peut être volontairement avant un éclat final, mais tout de même, on peut facilement se perdre sans balises, sans explications.
Au final, entre SkyDoll et END, on peut aisément supposer que, pour les italiens et particulièrement pour Barbara Canepa, la question de la religion, de son sens, et le soupçon grandissant d’immense supercherie et de complot représente un problème récurrent, tenant quasiment de l’obsession. C’est un aspect de l’œuvre qui m’intéresse et me dérange à la fois, car je trouve la question traitée de façon beaucoup trop éthérée, tout en se voulant très profonde, ce qui rend la lecture difficile à suivre et à comprendre.
On peut tout de même apprécier l’intrigue et la volonté d’aller plus loin est bien présente, mais on a un peu la sensation de passer à côté de certains détails, de certaines symboliques et de références implicites qui contribuent à la richesse du récit, et c’est là mon petit reproche personnel à cette œuvre également très personnelle, c’est indéniable.
Peut être cette confusion est elle aussi due à mes lacunes en éducation religieuse, je ne sais pas, mais je crois en tout cas pouvoir affirmer que cette bande dessinée n’est pas à la portée de tous, et qu’elle vise un public déjà relativement mûr.
En tout cas mademoiselle Canepa, continuez avec Clotilde Vu à avoir un talent et un discernement aussi parfaits pour composer la collection Métamorphose, on en redemande !
Rendez-vous si tout se passe bien l’année prochaine pour le tome 2 !
Et sachez que pour nous faire patienter, les deux auteures nous concoctent un petit bijou d’édition spéciale qui sortira en période de Noël ! Au programme : un beau livre plongeant dans les secrets de l’histoire, avec en bonus, des objets criant de vérités extraits de la BD (comme la lettre d’Elisabeth, ou la photo d’elle et de sa soeur). Un bel objet de collection pour les fans !
Et vous, avez-vous lu, ou entendu parler d’END ? Est ce le genre d’ouvrage qui vous tente ?


















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